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jeudi 14 juin 2012

20 enfants palestiniens mènent une grève de la faim dans la prison d'Hasharo




Vingt enfants palestiniens ont entamé mardi 12/6, une grève de la faim illimitée dans la prison sioniste de Hasharon, en protestation contre les conditions difficiles vécues et l'absence de la préoccupation de l'administration de la prison à leurs demandes.
Le ministère des affaires des prisonniers et des libérés à Gaza a rapporté de l'enfant, Ahmed Lafi, 17 ans, l'un des enfants grévistes, que 20 enfants captifs ont annoncé une grève de la faim illimitée pour protester contre les conditions des prisonniers mineurs dans cette prison qui se dégradent. En effet, ils sont interdits de rendre visite à leurs camarades captifs, de poursuivre leurs études et que les mineurs lavent leurs vêtements.
Il a déclaré que l'administration pénitentiaire torture et humilie encore les captifs mineurs, même après l'accord de la fin de la grève de la faim signé entre le comité de la direction de la grève et l'administration pénitentiaire.
L'administration pénitentiaire sioniste pratique les pires moyens de torture contre les enfants captifs pour obtenir des aveux, violant toutes les conventions internationales qui protègent les droits des enfants.
Il est à noter que les autorités de l'occupation israélienne détiennent dans leurs prisons environ 109 enfants qui ont moins de 18 ans dans des conditions similaires aux sections des autres captifs.

mardi 3 avril 2012

SOMALIE: La population frappé par la sécheresse et la mal nutrition



De hauts responsables de la république autoproclamée du Somaliland, située au nord-ouest de la Somalie, ont lancé un appel afin d'obtenir une aide alimentaire et de l'eau potable qui seront distribuées aux milliers de familles qui ont perdu leur moyens de subsistance suite à la sécheresse actuelle.

« Au loin vous pouvez voir des enfants qui courent vers la route, des bouteilles vides à la main, et qui demandent de l'eau et du pain ou des biscuits », a dit Hussein Muhumed Hog, le ministre de la Santé du Somaliland.

Les familles des zones de Garba dadar, Gargaara bari, Gerisa et Osoli à l'ouest du Somaliland ont perdu leur bétail et ne reçoivent pas de fournitures alimentaires régulièrement, a dit M. Hog, ajoutant que d'autres familles des zones de Gargaara et Gerrisa (également situées à l'ouest) dépendent désormais de l'aide alimentaire fournie dans le cadre du programme « nourriture contre travail » mis en place par le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations Unies, et de l'argent envoyé par les Somaliens installés à l'étranger. Ceel la helay, qui se situe au nord de la capitale Hargeisa, est également touché.

En février, le PAM a fourni une aide alimentaire à près de 150 000 habitants du Somaliland, selon Challiss McDonough, porte-parole du PAM pour l'Afrique de l'Est, l'Afrique centrale et l'Afrique australe.

Sur ces 150 000 personnes, près de 38 000 étaient des mères et des enfants de moins de cinq ans. Plus de 18 600 autres personnes ont reçu des rations familiales ou des coupons alimentaires dans le cadre d'un programme d'alimentation complémentaire ciblée, qui fournit des traitements spécialisés aux enfants de moins de cinq ans atteints de malnutrition, aux femmes enceintes et aux nouvelles mères dénutries.

Quelque 48 000 personnes ont également reçu des rations alimentaires dans le cadre d'un programme de repas scolaires ; au moins 42 000 personnes ont reçu de l'aide dans le cadre d'un programme « nourriture contre biens » du PAM et 8 000 autres ont bénéficié de ses interventions « nourriture contre travail ». Les interventions « nourriture contre travail » sont des interventions d'urgence visant les communautés ou les familles qui ont été frappées par des catastrophes, tandis que les programmes « nourriture contre biens » sont considérés comme des interventions à long terme dont l'objectif est de renforcer les moyens de subsistance.

L'insécurité alimentaire atteint le « niveau de crise » dans certaines régions

Les régions d'Awdal, de Galbeed Ouest, de Togdheer et de Sanaag au Somaliland seront dans une situation de sécurité alimentaire « précaire » jusqu'en juin 2012, ce qui se traduit par une consommation alimentaire réduite dans les foyers, tandis que la région de Sool et le sud de la région de Sanaag seront en grande partie « en état de crise », ce qui veut dire que les foyers sont affectées par une crise alimentaire aiguë avec un taux de malnutrition aiguë élevé ou plus élevé que d'habitude, selon l'Unité d'analyse de la sécurité alimentaire de la FAO (FSNAU) - Somalie.

Dans la zone de Baki, située dans le centre-ouest de la région d'Awdal, la population ressent toujours l'impact des faibles précipitations reçues lors des saisons des pluies « Deyr » passées, par exemple.

« Même les familles qui ont des animaux ne peuvent pas acheter de la nourriture, car les prix sont élevés », a dit Abdi-Rashid Sh. Mohamed, un vieil homme de Baki. Par exemple, pour acheter un sac de 50 kg de sucre dont le prix est de 50 dollars, il faut vendre deux moutons, a dit M. Mohamed.

Quelque 1 800 enfants des zones rurales montagneuses de Baki sont atteints de malnutrition modérée, a dit à IRIN Ahmed Mouse Ahmed, le responsable de la santé du district de Baki, ajoutant que les femmes enceintes et les mères allaitantes ainsi que les personnes âgées sont également touchées.

Malnutrition chez les PDIP

Des taux élevés de malnutrition ont également été enregistrés chez les personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays (PDIP) dans la zone de Burco dans la région de Togdheer, selon un compte-rendu du Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), des taux de malnutrition aiguë globale (GAM) de 20,3 pour cent et des taux de malnutrition aiguë sévère (SAM) de 4,5 pour cent ont été signalés en décembre 2011. Les seuils d'urgence pour la malnutrition aiguë globale et pour la malnutrition aiguë sévère sont de 15 et 5 pour cent respectivement.

En raison de la réduction des pâturages dans les régions principalement pastoralistes, des inquiétudes demeurent, particulièrement si les précipitations de la saison des pluies « Gu » (longues) sont en-dessous de la normale.

Dans les régions du nord de la Somalie, les pluies ont débuté à la mi-octobre 2011, mais au fil de la saison, les précipitations ont diminué, sont devenues imprévisibles et ont pris fin plus tôt que prévu, selon le Famine Early Warning Systems Network de l'Agence américaine pour le développement international (USAID).

Le PAM réoriente ses priorités pour passer de l'aide d'urgence aux programmes ciblés, qui incluent la construction de réservoirs, de puits et de routes qui favorisent la résilience des communautés aux catastrophes saisonnières, selon la porte-parole Mme McDonough, qui a indiqué que le PAM avait multiplié par deux le nombre de programmes alimentaires en Somalie l'année dernière.

« Le PAM utilise une approche plus ciblée de l'aide d'urgence pour les populations et les communautés en situation de crise, y compris les PDIP, une combinaison de programmes alimentaires et de programmes de soutien aux moyens de subsistance, comme les programmes « nourriture contre travail » et « nourriture contre biens », pour garantir que les besoins immédiats sont couverts."

Selon OCHA Somalie, « la situation globale de la sécheresse au Somaliland est actuellement moins sévère en comparaison avec la grande sévérité de la saison sèche de l'année dernière [2011] à la même date, lorsque presque toutes les régions du Somaliland étaient approvisionnées par camion-citerne». 

lundi 2 avril 2012

MAURITANIE: la famine multiplié par trois



La famine frappe à nouveau le Sahel. « Depuis hier je n’ai avalé que de l’eau », a dit Houley Dia, une veuve de 60 ans qui vit à Houdallah, un village de l’ethnie Peul situé dans le sud de la Mauritanie, à la frontière avec le Sénégal. « J’ai déjà connu des moments difficiles– le manque de précipitations, les animaux malades, les nuées de criquets pèlerins – mais la situation n’a jamais été aussi dure que cette année », a-t-elle dit .

En 2005, 2008 et 2010, nombre d’enfants ont souffert de l’insécurité alimentaire et de la malnutrition suite à une sécheresse dévastatrice et à de mauvaises récoltes, mais cette année, la famine touche quelque dix millions de personnes et plus d’un million d’enfants risquent de souffrir de malnutrition sévère, selon le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA).

Le nombre de personnes souffrant de la famine multiplié par trois

Ce n’est pas la première fois que les Mauritaniens sont touchés par la famine – le pays est confronté à une insécurité alimentaire structurelle et il est sujet à la sécheresse – mais cette année, 700 000 Mauritaniens souffrent de la faim, soit trois fois plus qu’en 2010, ce qui représente une personne sur quatre dans les zones rurales, selon le Commissariat de la Sécurité Alimentaire (CSA) placé sous l’autorité du gouvernement et le Programme alimentaire mondial (PAM) (décembre 2011).

Les taux d’insécurité alimentaire les plus élevés sont enregistrés dans le sud-est et dans l’est du pays, y compris dans les régions du Gorgol, du Guidmagha et du Hodh Echargui, où les pourcentages varient entre 29 et 37 pour cent.

Les populations de la région, de certaines parties du Sénégal, du Burkina Faso, du Niger et du Tchad commencent à manquer de nourriture. Les habitants de certains villages du sud de la Mauritanie n’ont déjà plus de nourriture, alors que la saison sèche approche. Des femmes de Houdallah ont dit à qu’elles avaient peur de mourir de faim au cours des semaines précédant l’arrivée de l’aide ; cette fois-ci, elle sera fournie par l’organisation d’aide humanitaire internationale Oxfam, qui donne 50 dollars par mois à 191 familles vulnérables en attendant l’arrivée de la saison des pluies en automne.

Oxfam distribue de l’argent plutôt que de la nourriture, car les marchés sont toujours ouverts, mais l’organisation réalisera une évaluation du programme à la mi-mai afin de déterminer si la situation a évolué, a dit Aly Gueye, chef d’équipe du programme d’Oxfam.

Fatimata Abdurahman Sow, 47 ans, fait partie des personnes qui reçoivent un soutien financier. Elle a dit à :  
« Je mange seulement un peu de riz chaque jour, c’est tout ce qu’il reste. Beaucoup de personnes sont dans la même situation. Nous ne pouvons même plus nourrir nos chèvres ».

Pas d’eau pour les cultures

À l’entrée du village, le seul programme agricole de Houdallah – signalés par des panneaux de l’organisation d’aide humanitaire Vision mondiale et du gouvernement mauritanien – a été abandonné, et le sol est aussi sec que celui du désert environnant. « Nous avons essayé de faire pousser des cultures, mais nous n’avions pas assez d’argent pour acheter de l’eau », dit Hapsatou Modi Ba, un villageois de 40 ans. « L’eau qui provient des puits du village coûte 5 ouguiya (un peu plus de 0,01 dollars) pour 20 litres ».

À Darkhadra, un village qui appartient à l’ethnie maure et qui se situe à environ une heure de route de Houdallah, le collectif de femmes a créé un petit jardin potager qui leur permet de faire face à la saison maigre. « Mais ces quelques carottes et oignons ne suffisent même pas à nourrir un dixième des nôtres », dit Youma Mintmohamed, 50 ans, responsable du collectif. « Nos enfants n’en peuvent plus ».

L’une des jardinières, Oma Mintely, 30 ans, nous présente son bébé. Elle a un œil fermé en raison d’un écoulement de pus et souffre d’une toux quinteuse. « Un manque de vitamines, je suppose », indique Mme Mintely avec timidité. Le bébé de son amie, Ize Mintyouba, 38 ans, est couvert de saleté et ne semble pas être conscient de ce qui passe autour de lui. Plusieurs autres enfants sont tout aussi apathiques. Il est difficile de trouver des médicaments dans ces villages et les Mauritaniens doivent souvent marcher jusqu’à deux heures pour atteindre la clinique de santé la plus proche.

Les femmes partent d’un rire triste lorsqu’on leur évoque d’éventuels stocks de nourriture. « Il ne reste que de la poussière et du sable », a dit Mme Mintmohamed, mère de cinq enfants.

Les ménages les plus pauvres n’ont plus de nourriture depuis février ; nombre d’entre eux sont donc déjà totalement dépendants des marchés. Le travail journalier, auquel plus de la moitié des ménages ont recours pour percevoir un revenu lors de la saison maigre, est moins bien rémunéré, car nombreux sont ceux qui cherchent un travail. La plupart des gens achètent désormais la nourriture à crédit, selon le PAM.

Les agences d’aide humanitaire n’arrivent à atteindre qu’un petit nombre de personnes dans le besoin. Stephen Cockburn, coordinateur régional des campagnes et politiques d'Oxfam, a fait part de ses inquiétudes concernant les développements à l’échelle régionale. « Oxfam travaille dur, mais seule, l’organisation ne pourra atteindre qu’environ 10 pour cent des personnes touchées ».

Important manque de fonds

Jusqu’à présent, seulement 17 millions de dollars ont été mis à la disposition de la Mauritanie, selon le service de suivi financier d’OCHA ; cette somme est loin d’être suffisante pour répondre aux besoins du pays : le PAM seul a besoin de 50 millions de dollars pour financer sa réponse et l’organisation n’a reçu qu’un quart de cette somme pour l’instant, selon la responsable du PAM Jacqueline Seeley. Et cet argent ne permettra d’aider que 380 000 des 700 000 personnes souffrant d’insécurité alimentaire, a-t-elle dit.

« Si les gouvernements ne décident pas de venir en aide à toutes les populations affectées et de prévoir les fonds nécessaires pour le faire, il y aura toujours un manque [en Mauritanie] », a-t-elle dit à IRIN. Les distributions alimentaires d’urgence du PAM devraient débuter en avril, mais depuis novembre 2011, 50 000 personnes en ont déjà bénéficié dans le cadre d’un programme existant.

La réponse du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) à la situation des réfugiés maliens en Mauritanie est financée à 20 pour cent, et la réponse globale visant à nourrir les enfants malnutris est financée à moins d’un tiers. L’organisation dispose de stocks de nourriture pour les six prochaines semaines.

Pour l’instant, aucun appel de fonds conjoint n’a été lancé par les agences d’aide humanitaire travaillant en Mauritanie, selon OCHA. Les Nations Unies et les organisations non gouvernementales (ONG) partenaires étudient cependant la possibilité d’émettre un appel.

La Mauritanie, conjointement avec d’autres pays de la région du Sahel, a lancé un appel à l’aide internationale en décembre 2011 afin de recueillir 167 millions de dollars. Cette somme permettra de constituer des stocks de nourriture pour la population et les animaux, pour les distributions de céréales et pour la mise en place de subventions alimentaires, et de créer des programmes « nourriture contre travail ». Le gouvernement mauritanien a réalisé des distributions de nourriture dans certaines zones, et des stocks de céréales sont disponibles dans certains villages et au niveau national, mais ils n’atteignent pas les 15 000 tonnes nécessaires. Le représentant d’une agence d’aide humanitaire a dit à IRIN qu’aucun représentant gouvernemental ne s’était déplacé dans les villages de Houdallah et de Darkhadra.

Le gouvernement n’a pas les capacités nécessaires pour s’occuper des questions de malnutrition, a dit la responsable de l’UNICEF en Mauritanie, Lucia Elmi, et seules quelques ONG (15 pour tout le pays) sont capables de fournir une aide suffisante.

« Ce qui se passe actuellement n’est pas normal »

Les opérations humanitaires en Mauritanie sont difficiles et coûteuses : la population est dispersée (la moitié des habitants de Manhattan occupent une superficie deux fois supérieure à celle de la France), il y a peu d’infrastructures, les routes sont en mauvais état et il n’y a pas de ligne aérienne intérieure, a indiqué Mme Elmi. Il faut parfois quatre jours pour atteindre certaines communautés, mais la situation devrait changer après la mise en place de vols humanitaires par le PAM en avril.

Cyprien Fabre, chef du bureau régional de l'Office d'aide humanitaire de la Commission européenne (ECHO) en Afrique de l'Ouest, a indiqué qu’ECHO donnait 16 millions de dollars au Sahel, une somme qui inclut les fonds régionaux existants ainsi qu’une aide additionnelle de 6,6 millions de dollars pour faire face à la crise, mais on ne sait toujours pas quel montant sera alloué à chaque pays, a-t-il dit. Il revient désormais aux partenaires de s’adresser à ECHO pour obtenir des fonds qui, selon lui, devraient être versés dès la fin avril.

Dans la région du Sahel, la réponse de l’aide internationale a mis du temps à se matérialiser. Alors que la Commission européenne (CE) estime que 925 millions de dollars seront nécessaires pour venir en aide à toutes les personnes en danger, seulement 200 millions de dollars ont déjà été donnés ; et 200 autres millions de dollars ont été promis. « [Les pays du Sahel] reçoivent généralement peu de fonds, notamment parce que l’on considère que l’on a à faire à une situation d’urgence chronique. Oui, la situation est chronique, mais ce qui se passe actuellement n’est pas normal », a dit Mme Elmi.

Il faut améliorer le mécanisme de réponse rapide, a-t-elle dit, et celui-ci doit s’inscrire dans un engagement plus global au Sahel.

Cette crise pourrait s’aggraver et dégénérer en catastrophe de grande ampleur si on ne fait rien de plus, a dit M. Cockburn d’Oxfam. « Cet été, on risque de revoir ces célèbres photos d’enfants squelettiques dans les médias. Elles favoriseront les dons de la communauté internationale. Le problème c’est qu’il sera déjà trop tard ». 

samedi 31 mars 2012

La faim est un crime contre l'humanité



DROITS HUMAINS • Il n’y a nulle fatalité à la faim dans le monde, affirme Jean Ziegler. L’ex-rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation lui consacre son dernier livre. Et désigne les affameurs.

Loin d’être une malédiction, la faim dans le monde, qui tue 35 millions d’êtres humains chaque année, est «faite de main d’homme», selon Jean Ziegler. Le sociologue, aujourd’hui vice-président du Comité consultatif du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, lui consacre son dernier ouvrage, Destruction massive. Géopolique de la faim. A la faveur d’une parole désormais libérée du devoir de réserve, il y relate son expérience de rapporteur spécial du Conseil des droits de l’homme de l’ONU pour le droit à l’alimentation, mandat qu’il a exercé entre 2000 et 2008. Un livre coup de poing qui dénonce un scandale, la violation permanente du premier des droits humains: le droit à l’alimentation. Rencontre.

Dans la Corne de l’Afrique, des milliers d’enfants sont morts ces derniers mois, 13 millions de personnes y sont menacées par la faim. On parle de la pire sécheresse survenue depuis soixante ans. Elle ne constitue pas la seule cause de la famine, cette catastrophe était prévisible, dites-vous. Expliquez-nous.

Jean Ziegler: Ce qui se passe aujourd’hui dans ces cinq pays – Somalie, nord du Kenya, Djibouti, Erythrée, Ethiopie – est effroyable. Tous les jours, les fonctionnaires de l’ONU doivent refouler des centaines de familles à l’entrée des camps de réfugiés, car l’argent pour les nourrir manque. La sécheresse dure depuis cinq ans, il n’y a plus de récoltes. Mais les vraies causes sont occultées. Pourquoi, malgré la catastrophe prévisible, ces pays n’ont-ils pas constitué de réserves alimentaires? Parce que les prix des aliments de base – à savoir maïs, blé et riz, qui couvrent 75% de la consommation mondiale – ont explosé. En un an et demi, le prix du maïs a augmenté de 93%, le riz de 110%, la tonne de blé est passée de 110 euros en septembre 2010 à 271 euros aujourd’hui.

Pourquoi de telles variations?

A cause de la spéculation boursière. Après les pertes considérables qu’ils ont subies, les spéculateurs ont migré des marchés financiers vers celui des matières premières, et des aliments en particulier où, le plus légalement du monde, ils engrangent des profits astronomiques. En 2010, ils ont gagné 37% net sur le riz. Dès lors, les pays pauvres ne peuvent constituer de réserves ni le Programme alimentaire mondial (PAM) acheter suffisamment de nourriture.

Justement, que fait le PAM chargé de l’aide d’urgence?

Le PAM a perdu la moitié de son budget: il était de 6 milliards de dollars en 2008, il n’est plus que de 3,2 milliards aujourd’hui. Les pays occidentaux ne paient plus leurs cotisations, accaparés qu’ils sont à renflouer à coups de dizaines de milliards leurs banques défaillantes. Les spéculateurs, les requins de la finance, les monstres froids des grandes banques devraient être transférés devant un Tribunal de Nuremberg pour crimes contre l’humanité. A cause de leur avidité pathologique au gain, des gens aujourd’hui meurent par milliers.

Face à cette situation, on a l’impression que les Etats manquent singulièrement de volonté, non?
On pourrait imaginer que les parlements interdisent le dumping agricole, la fabrication de bioéthanol à partir des plantes nourricières, ou encore qu’ils révisent leurs lois boursières respectives afin d’interdire la spéculation sur les aliments de base. Ce serait simple. Les sociétés transcontinentales privées qui dominent le marché agroalimentaire mondial sont moins de dix: Monsanto contrôle 90% des semences, Cargill 26% du commerce mondial du blé, Archer Daniels Midland a la haute main sur les engrais, le groupe Louis Dreyfus sur 40% du commerce du riz, etc. Ce sont eux qui décident chaque jour de qui va vivre et qui va mourir sur cette planète. Leur pouvoir financier et idéologique est tel que les gouvernements américain, anglais, français, allemand ou suisse exécutent leurs volontés. Ils sont intouchables.

Quel rôle joue Genève?

Depuis que le premier ministre britannique Gordon Brown a décidé de taxer fortement les revenus des spéculateurs au-delà de 500 000 livres, les hedge funds ont migré à Genève, où le conseiller d’Etat en charge des finances, David Hiler, leur a fait un pont d’or. Genève est devenue la capitale mondiale de la spéculation sur les matières premières agroalimentaires. Le canton cofinance même la conférence de ces «requins tigres « qui se tient chaque année à l’Hôtel Kempinski. Les ONG Action de carême et Pain pour le prochain ont écrit au Conseil d’Etat pour se plaindre de sa façon d’utiliser l’argent des contribuables. Sans obtenir de réponse.

Toutes les cinq secondes un enfant de moins de 10 ans meurt de faim. Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’agriculture mondiale serait pourtant en mesure de nourrir normalement 12 milliards d’êtres humains, soit près du double de la population mondiale. Comment?
Avec les révolutions technologique, électronique et scientifique, le manque objectif a disparu de la planète. Un enfant qui meurt de faim est assassiné. La faim est faite de main d’homme: les mécanismes qui la créent peuvent donc être brisés par les hommes. Il y a en plusieurs. Un quart des récoltes du monde est détruit par les rongeurs faute de silos. Le vol des terres, ensuite. En 2010, en Afrique, 41 millions d’hectares de terres arables ont été accaparés par des hedge funds, des banques, des fonds souverains, etc. Enfin, tout l’argent que gagnent les pays les plus pauvres sert au service de la dette extérieure, au détriment des investissements dans l’agriculture vivrière. En Ethiopie, par exemple, seules 3,8% des terres sont irriguées. La Banque mondiale a beau jeu de déclarer que la productivité agricole africaine est lamentable pour légitimer le fait de laisser aux investisseurs étrangers le soin de «valoriser» ces terres. Au Burkina Faso, au Niger, au Mali, en temps normal, un hectare produit 600 à 700 kilos de céréales. Alors qu’en Suisse, en Bretagne ou en Lombardie, le même hectare en produira 10 tonnes, soit 10 000 kilos. Ce n’est pas parce que le paysan africain est moins travailleur ou moins compétent que le paysan européen, au contraire, mais le paysan africain n’a pas d’engrais, de semences, d’irrigation ou d’animaux de traction. Il a la houe et dépend des pluies, comme il y a trois mille ans. Il n’y a qu’une chose à faire: investir dans l’agriculture familiale de subsistance.

Vous en appelez à une «insurrection des consciences», qu’est-ce que cela signifie?

L’ordre cannibale du monde n’est plus acceptable. Partout, un impératif moral est à l’œuvre. Une fraternité de la nuit se lève, puissante, qui n’est liée ni aux partis politiques ni aux syndicats. Dans l’hémisphère sud, au Sénégal, dans le nord du Brésil, aux Philippines, en Indonésie, nous assistons à un extraordinaire réveil des paysans. Ils n’attendent rien de leur gouvernement ni de l’ONU, ils occupent des terres, affrontent directement les multinationales sur leur terrain, souvent avec violence. Au Nord, au cœur du monde des dominateurs, la société civile progresse à travers des mouvements multiples. Jugée romantique il y a dix ans, l’idée de la taxe Tobin est aujourd’hui étudiée par le G20. En Suisse, le masque est tombé: le contribuable a donné 68 milliards de francs en 2008 à UBS, qui continue de spéculer comme avant, dans un cynisme total. Même à Wall Street, malgré la pure violence du Capital et l’arrogance de ses détenteurs, l’idéologie obscurantiste néolibérale est en lambeaux.